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Peut-on rire de tout ? Un classique toujours d’actualité

Par dans Les billets d'Auvairniton

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Peut-on rire de tout ? Le sujet semble éculé ; c’est même un classique des énoncés de philosophie donné aux lycéens.

La formulation est généralement un peu plus pompeuse mais l’esprit reste le même :

« Pensez-vous que l’on puisse traiter de sujets graves et sérieux sur le mode plaisant ou humoristique ? »

Nietzsche y va franco et est à ce titre souvent cité sur la question :

« L’homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire ».

Il déteste donc les philosophes qui « ont cherché à donner mauvaise réputation au rire » et irait « jusqu’à risquer un classement des philosophes suivant le rang de leur rire » (Conférence de Marc BLOCH, 2001).

 

A travers son essai sur le rire, BERGSON reconnait aussi la grande place occupée par l’art de rire dans notre vie. Il observe que l’on rit de la maladresse, voir d’un certain malheur des autres. A priori donc, tout peut être prétexte à rire.

 

De nos jours, et j’aurai pu commencer par cela, c’est la phrase de DESPROGES qui revient toujours en tête :

« On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui« .

Mais DESPROGRES nuance son propos (tout comme GELUCK par exemple) :

« Premièrement, peut-on rire de tout ?

Deuxièmement, peut-on rire avec tout le monde ?

À la première question, je répondrai oui sans hésiter.

Peut-on rire avec tout le monde ? C’est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains ».

Donc on peut rire de tout… à condition que le public le prenne bien pour du second degré.

Dès lors qu’il est possible d’en tirer une jouissance malsaine au premier degré, cela ne prête plus à rire.

 

Or c’est peut-être le problème des spectacles de Dieudonné. S’il est possible de voir le second degré dans ses sketchs, certaines réactions au premier degré de son public sont parfois dérangeantes.

Est-ce sa responsabilité ?

Dieudonné aime jouer sur l’ambiguïté… et rire avec tout le monde, y compris les antisémites et les révisionnistes.

Or justement DESPROGES était clair sur le sujet, il aurait répugné à se produire au théâtre de la Main d’Or :

« La compagnie d’un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d’un terroriste hystérique, je pouffe à peine et, la présence, à mes côtés, d’un militant d’extrême droite assombrit couramment [ma] jovialité monacale. »

Sandrine BLANCHARD et Raphaëlle REROLLE l’expliquent beaucoup mieux que moi dans Le Monde.

 

Stanislas KRALAND introduit la notion de timing dans un article du Huffington Post. D’après des chercheurs de l’université du Colorado : « transformer de la tragédie en comédie prend du temps, mais ni trop, ni trop peu ».

Vous n’allez pas pouvoir faire rire sur la mort de Mandela le jour de ses funérailles, car une vanne à ce propos ne remplirait pas 3 conditions essentielles :

Avec le temps par contre, l’humour permettra à l’homme de « transformer une source de douleur en vecteur de plaisir« .

Retour à Nietzsche !

 

Salut les Terriens du 25/01 – Peut-on rire de tout ?

2 Comments

  1. Marc

    19 mai 2014

    Post a Reply

    Ca fait plaisir de voir enfin des analyses du texte de Desproges qui vont plus loin que la simple validation de l’humour bas-du-front.
    J’en avais fait un article également sur mon blog.

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