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Philosophie : BERGSON ne plaisante pas avec le rire

Par dans La vie de Bourgrire

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La dernière fois que je me suis pris pour un philosophe, c’était peu après avoir obtenu un 11 au BAC blanc. Ma pensée n’atteignait guère les sommets mais j’avais le mérite d’apprendre un peu mes cours.

C’est l’un des plus gros malentendus du lycée d’ailleurs : la philo à l’école c’est comme l’histoire. Tu apprends gentiment et tu récites tout aussi docilement en t’adaptant à l’énoncé.

On ne peut pas donner tort au système scolaire : avant de bâtir ses propres réflexions (si l’y on y arrive un jour), il est nécessaire d’avoir tous les matériaux à disposition.

 

Enfin… est-on capable d’avoir ses propres réflexions ou au moins une idée originale ? Les philosophes les plus exigeants vous répondront que non.

 

De la même façon, dans l’humour ou le comique, ce que l’on produit est-il vraiment original ?

 

En 1900, Henri BERGSON sort l’ouvrage « Le Rire – Essai sur la signification du rire », compilation d’articles publiés dans la Revue de Paris.

L’ouvrage a déjà été (très bien) disserté sur la toile et je ne m’y risquerai pas une nouvelle fois.

Toutefois, je suis frappé par l’analyse très scientifique et sociale que BERGSON livre du rire (attendez… vous croyez que c’est pour ça qu’on parle de « sciences sociales » parfois !??).

Il étudie :

– Le comique en général (forme, mouvement, force d’expansion).

– Le comique de situation et le comique de mots (diable à ressorts, pantin à ficelles, boule de neige).

– Le comique de caractère.

 

Le livre fluide, concret, et chaque exemple donne à réfléchir :

« Un homme, qui courait dans la rue, trébuche et tombe : les passants rient. On ne rirait pas de lui, je pense, si l’on pouvait supposer que la fantaisie lui est venue tout à coup de s’asseoir par terre. On rit de ce qu’il s’est assis involon­tairement. Ce n’est donc pas son changement brusque d’attitude qui fait rire, c’est ce qu’il y a d’involontaire dans le changement, c’est la mala­dresse. »

 

Au final, l’ouvrage permet de répondre simplement à la question : POURQUOI C’EST DRÔLE ?

 

Cela me rappelle un des sketchs des GUIGNOLS DE L’INFO :

 
Guignols – Kulunmouton par Yahren

En l’espèce, Alain DE GREEF aurait pu citer BERGSON et expliquer les mécanismes de conscience commune qui permettait à un groupe d’individus d’en rire ; un groupe doté de « l’esprit Canal ».

A ce propos, vous avez déjà tapé « esprit canal » dans Google ? Tout le monde vous explique que c’est naze ou que c’est mort l’esprit Canal, jusqu’à Fabrice Luchini qui théorise :

« On est dans la tyrannie du rire obligatoire. Le drame de l’époque, c’est l’esprit Canal, cette mécanique de la déconne. C’est un totalitarisme ! On n’en peut plus des rires forcés à la télé. »

Sans juger de la pertinence de ce propos sur le fond, il faut noter que son analyse prend très bien en compte la dimension collective du rire, la bonne humeur imposée sur tous les plateaux… voir dans l’espace public ?

1 Comment

  1. Radd

    21 juin 2016

    Post a Reply

    On ne peut pas davantage rire avec ceux qui, englues dans le pathos n’ont plus de liberte spirituelle. Ils souffrent trop pour etre capables de recul. Il convient avec bienveillance de menager leur sensibilite, ce qui est pour Bergson la definition de la politesse.

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